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Un marché alimentaire de 10 milliards de dollars qui opère dans l’invisibilité numérique
L’Afrique de l’Ouest abrite l’un des systèmes alimentaires les plus dynamiques du continent, porté par une urbanisation rapide et une population qui a doublé en trente ans, passant de 197 millions à 395 millions d’habitants entre 1990 et 2020. Plus des deux tiers de la consommation alimentaire de la région transitent désormais par les marchés, et dans les zones urbaines, ce ratio atteint 90 %. Pourtant, ce système commercial massif fonctionne dans une quasi-invisibilité statistique et numérique.
Un rapport de référence publié en 2025 par l’OCDE/Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) a établi pour la première fois l’ampleur réelle de ce commerce régional. En combinant statistiques officielles et données sur les flux non enregistrés pour 134 produits alimentaires, l’étude révèle que la valeur annuelle du commerce alimentaire intra-régional atteint 10 milliards de dollars — soit six fois plus que ce que les données officielles indiquent. Ce montant équivaut à la valeur totale des importations de riz, de blé et d’huile de palme en provenance de l’extérieur de la région, et représente six fois le total de l’aide alimentaire et agricole reçue par l’Afrique de l’Ouest.
Le constat le plus frappant : jusqu’à 85 % de ce commerce alimentaire intra-régional n’est pas enregistré. Il échappe aux douanes, aux statistiques nationales et, par conséquent, aux débats politiques. Près de 95 % du commerce de racines et tubercules (manioc, igname), 84 % des céréales, 72 % des légumes et 62 % des fruits circulent en dehors de tout système de traçabilité formelle. Comme le souligne l’OCDE, « ce déficit de données crée un profond déséquilibre entre l’importance réelle du commerce régional pour les économies nationales et sa prise en compte dans les cadres politiques ».
Sources :
- OCDE/CSAO (2025). Intra-Regional Food Trade in West Africa: New Evidence, New Perspectives. https://www.oecd.org/en/publications/intra-regional-food-trade-in-west-africa_3f5fd54a-en.html
- Ecofin Agency (2025). « Unseen and Untracked: 85% of $10Bln Food Trade Escapes the Books in West Africa ». https://www.ecofinagency.com/news/1906-47327-unseen-and-untracked-85-of-10bln-food-trade-escapes-the-books-in-west-africa
Quarante ans de systèmes d’information sur les marchés : des promesses aux échecs
L’absence d’outils numériques performants pour les marchés alimentaires ouest-africains n’est pas un problème nouveau. Depuis les années 1980, une succession d’initiatives publiques et internationales a tenté de combler ce vide, sans jamais atteindre l’échelle nécessaire.
Les SIM de première génération : lourdeur administrative et fragilité financière
La première génération de systèmes d’information sur les marchés (SIM) est apparue dans les années 1980, en accompagnement de la libéralisation des agricultures des pays en développement. Financés principalement par l’aide internationale et rattachés aux ministères de l’Agriculture, ces dispositifs reposaient sur un modèle uniforme : des enquêteurs terrain collectaient les prix sur les marchés de manière hebdomadaire, les données étaient centralisées, puis diffusées sous forme de bulletins papier ou par radio.
Une étude approfondie menée par l’AFD et le CIRAD en 2012 auprès de plus de 30 SIM africains a dressé un bilan sévère de cette première génération. Les SIM ont été « fréquemment critiqués pour leur incapacité à répondre aux besoins des opérateurs, leur lourdeur administrative, leur fragilité financière ». Les erreurs dans la collecte des données étaient nombreuses, la capacité de contrôle et de supervision insuffisante. La diffusion elle-même posait problème : certains SIM ne parvenaient pas à utiliser régulièrement les services des radios, et « le manque de moyens techniques et financiers empêchait, dans de nombreux cas, de mettre à disposition du public cible les informations en temps voulu ».
Au niveau régional, le RESIMAO (Réseau des Systèmes d’Information des Marchés en Afrique de l’Ouest), constitué de neuf SIM publics nationaux (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Togo), a tenté de fédérer les efforts en couvrant 390 marchés ruraux et urbains. Mais son fonctionnement restait tributaire des bulletins périodiques — trimestriels au mieux — dans un environnement où les prix pouvaient varier significativement d’une semaine à l’autre.
Les SIM de deuxième génération : innovation sans passage à l’échelle
Une seconde génération de SIM a émergé dans les années 2000, portée par le développement des technologies de l’information et de la communication, en particulier la téléphonie mobile et Internet. Ces SIM 2G ont développé de nombreuses innovations techniques et organisationnelles : diffusion par SMS, plateformes web, intégration d’organisations de producteurs, diversification des services au-delà de la simple diffusion de prix.
L’exemple le plus emblématique est Esoko (anciennement TradeNet), lancé au Ghana en 2009. Présenté comme un pionnier de l’innovation mobile africaine, Esoko envoyait des alertes de prix par SMS aux agriculteurs et était actif dans 16 pays. Une étude indépendante du CIRAD avait estimé l’impact à environ 100 dollars de revenu supplémentaire par agriculteur et par an, soit 10 à 15 % de leur revenu annuel. Un essai contrôlé randomisé avait montré une augmentation de 5 % des prix obtenus par les petits producteurs d’igname utilisant le service.
Mais la réalité économique a rattrapé le modèle. En 2016, Esoko a cessé de vendre ses services de prix de marché en tant que produits autonomes. Comme l’a révélé sa directrice générale Hillary Miller-Wise : « le produit phare — les prix de marché — perdait de l’argent. Les coûts du modèle de collecte de prix d’Esoko, qui impliquait des enquêteurs sur le terrain, étaient trop élevés pour l’échelle atteinte, alors même que beaucoup considéraient Esoko comme l’exemple le plus abouti d’une solution m-agri à grande échelle ». L’entreprise a pivoté : une équipe s’est orientée vers la collecte de données mobiles pour l’UNICEF et les ministères ghanéens (devenue Insyt), une autre vers les services financiers pour les agriculteurs (devenue Tulaa). Il n’y a plus d’activité commerciale sous la marque Esoko.
Ce parcours illustre le paradoxe fondamental des SIM en Afrique : l’information de marché en temps réel a une valeur démontrée, mais les modèles de collecte traditionnels, reposant sur des enquêteurs terrain, sont trop coûteux pour être viables sans financement extérieur. Et lorsque les projets de développement se terminent, les services disparaissent avec eux.
Sources :
- AFD/CIRAD (2012). Les systèmes d’information sur les marchés agricoles en Afrique subsaharienne. Focales n°14. https://www.afd.fr/sites/default/files/imported-files/14-Focales.pdf
- CIRAD/Agritrop. « Les systèmes d’information sur les marchés agricoles dans les pays en développement : nouveaux modèles, nouveaux impacts ». https://agritrop.cirad.fr/575076/
- ICTworks (2021). « Surprise! Esoko’s Agricultural Market Prices Are Private Sector Failures ». https://www.ictworks.org/esoko-agricultural-market-prices-failures/
- GSMA (2016). Case Study: Esoko. https://www.gsma.com/solutions-and-impact/connectivity-for-good/mobile-for-development/wp-content/uploads/2016/02/Case_Study_-Esoko.pdf
- Inter-réseaux (2007). RESIMAO. https://www.inter-reseaux.org/ressource/resimao-reseau-des-systemes-dinformation-des-marches-en-afrique-de-louest/
- Springer (2020). « Digital Trading and Market Platforms: Ghana Case Study ». https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-030-86065-3_9
Des prix alimentaires structurellement élevés, une information structurellement absente
L’absence de systèmes d’information performants sur les marchés alimentaires n’est pas un problème technique anodin. Elle a des conséquences directes et mesurables sur le coût de la vie de centaines de millions de personnes.
30 à 40 % plus cher qu’ailleurs dans le monde
Les analyses de l’OCDE/CSAO ont établi un fait remarquable : les prix alimentaires en Afrique de l’Ouest sont structurellement supérieurs de 30 à 40 % à ceux observés dans des régions du monde au niveau de revenu comparable. Autrement dit, l’alimentation est anormalement chère pour les ménages ouest-africains compte tenu de leur niveau de vie. Les ménages consacrent en moyenne 40 à 50 % de leur budget à l’alimentation — contre environ 15 % dans les pays développés.
Pour donner une mesure concrète de ce surcoût : si les ménages ouest-africains achetaient leur nourriture aux prix indiens (à PIB par habitant comparable), ils économiseraient entre 19 et 33 % de leur revenu selon les pays. Cette « prime de prix » africaine est en partie imputable aux coûts de transport (qui représentent environ 29 % du prix des biens échangés en Afrique, contre 7 % en dehors du continent, selon la CNUCED), mais aussi à l’opacité informationnelle des marchés : sans données fiables et en temps réel sur les prix, les asymétries d’information prolifèrent et les intermédiaires captent des marges excessives.
Une variabilité spatiale massive et invisible
L’OCDE souligne que la variabilité des prix alimentaires à l’intérieur des pays est probablement aussi grande, sinon plus, que la variabilité entre pays. Le coût de l’alimentation est fortement influencé par le contexte local : conditions agro-climatiques, infrastructures, distance et isolement. Mais cette variabilité reste largement invisible, faute de systèmes de collecte et de diffusion adaptés.
L’OCDE/CSAO préconise explicitement « d’investir dans des systèmes d’information de marché plus fins pour surveiller et gérer les crises de prix alimentaires ». Cette recommandation, formulée au plus haut niveau institutionnel, confirme que le déficit d’outils numériques de suivi des prix n’est pas un simple inconvénient technique — c’est un facteur aggravant de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle.
Sources :
- OCDE/CSAO (2023). Healthy diets, costs and food policies in the Sahel and West Africa. West African Papers n°39. https://www.oecd-ilibrary.org/development/healthy-diets-costs-and-food-policies-in-the-sahel-and-west-africa_2ac5e663-en
- OCDE/CSAO (2017). The Cost of High Food Prices in West Africa. https://www.oecd.org/en/publications/2017/09/the-cost-of-high-food-prices-in-west-africa_ecfac68e.html
- OCDE Development Matters (2018). « Food prices must drop in Africa: How can this be achieved? ». https://oecd-development-matters.org/2018/02/09/food-prices-must-drop-in-africa-how-can-this-be-achieved/
- CNUCED (2025). Economic Development in Africa Report 2024. https://unctad.org/publication/economic-development-africa-report-2024
- OCDE/CSAO. Food systems. https://www.oecd.org/swac/topics/food-system-transformations/
Le paradoxe numérique : 527 millions d’abonnés mobiles, mais 60 % de « gap d’usage »
L’Afrique subsaharienne n’est pas un désert technologique. La pénétration mobile y progresse rapidement, et la région a été le principal moteur de la croissance mondiale de la couverture mobile en 2024, avec 75 % des 40 millions de nouvelles personnes couvertes dans le monde. Fin 2023, près de 44 % de la population subsaharienne (environ 527 millions de personnes) était abonnée à un service mobile.
Mais un fossé considérable sépare la couverture réseau de l’usage effectif. Selon le rapport GSMA 2024 sur l’économie mobile en Afrique subsaharienne, seuls 27 % de la population utilisent effectivement Internet mobile — le taux le plus bas au monde. Le « gap d’usage » atteint 60 % : des millions de personnes vivent dans des zones couvertes par un réseau mobile haut débit mais n’utilisent pas Internet, principalement en raison du coût des terminaux, du manque de compétences numériques et de l’absence de contenus pertinents en langues locales.
Ce fossé est encore plus prononcé en milieu rural, là où vivent la majorité des producteurs agricoles. Les adultes en zone rurale sont 48 % moins susceptibles d’utiliser Internet mobile que leurs homologues urbains — l’un des écarts les plus élevés au monde. Les femmes sont 36 % moins susceptibles que les hommes d’utiliser Internet mobile. Seulement 30 % des exploitations agricoles africaines disposent d’un accès internet fiable.
Pour les marchés alimentaires, ce paradoxe est critique. La technologie mobile existe, la demande d’information de prix existe, mais le dernier kilomètre numérique — l’outil qui connecte les données de marché aux décisions quotidiennes des producteurs, commerçants et consommateurs — reste massivement absent.
Sources :
- GSMA (2024). The Mobile Economy Sub-Saharan Africa 2024. https://www.gsmaintelligence.com/research/the-mobile-economy-sub-saharan-africa-2024
- GSMA (2024). The State of Mobile Internet Connectivity 2024. https://www.gsma.com/newsroom/press-release/new-gsma-report-shows-mobile-internet-connectivity-continues-to-grow-globally-but-barriers-for-3-45-billion-unconnected-people-remain/
- Ecofin Agency (2025). « Sub-Saharan Africa Drove 2024’s Global Mobile Coverage Growth, GSMA Finds ». https://www.ecofinagency.com/news-digital/1109-48612-sub-saharan-africa-drove-2024-s-global-mobile-coverage-growth-gsma-finds
- Brookings (2024). « Digital economy — Foresight Africa 2024 ». https://www.brookings.edu/articles/digital-economy-foresight-africa-2024/
- ainvest (2025). « Unlocking Africa’s Agri-Tech Potential ». https://www.ainvest.com/news/unlocking-africa-agri-tech-potential-scalable-impact-investing-smallholder-agriculture-2509/
L’agriculture numérique mondiale en plein essor — l’Afrique de l’Ouest à la traîne
Le contraste avec le reste du monde est saisissant. Le marché mondial de l’agriculture numérique est estimé à 24,2 milliards de dollars en 2024 et devrait atteindre 39,8 milliards de dollars d’ici 2029, avec un taux de croissance annuel composé de 10,4 %. L’intelligence artificielle, l’Internet des objets et l’analyse de données transforment les pratiques agricoles en Amérique du Nord, en Europe et en Asie.
L’Afrique n’est pas totalement absente de cette dynamique. Le continent a levé 145 millions de dollars en investissements agritech au premier semestre 2024, et le financement annuel des startups agrifoodtech africaines a atteint 192 millions de dollars en 2024 — plus de 600 % de plus qu’il y a dix ans. Des plateformes comme Twiga Foods (Kenya), Apollo Agriculture (Kenya) ou Complete Farmer (Ghana) démontrent le potentiel du numérique pour connecter producteurs et marchés.
Mais cet écosystème reste concentré sur l’Afrique de l’Est (Kenya en tête) et le Nigeria, avec une quasi-absence de solutions dédiées aux marchés alimentaires francophones d’Afrique de l’Ouest. Le marché Moyen-Orient et Afrique ne représente que 8,2 % du marché mondial de l’agriculture numérique en 2024 — et l’essentiel de cette part revient à Israël et à l’Afrique du Sud.
Le rapport 2024 de la Banque mondiale sur les opportunités numériques pour les entreprises africaines confirme ce retard : seulement 6 % des travailleurs africains sont employés par de grandes entreprises utilisant des technologies numériques avancées, et la vaste majorité des micro-entreprises informelles — dont les acteurs du commerce alimentaire — restent exclues de la transformation numérique.
Sources :
- MarketsandMarkets (2024). « Digital Agriculture Market ». https://www.marketsandmarkets.com/Market-Reports/digital-agriculture-market-235909745.html
- AgFunder News (2025). « Where will Africa’s next ‘darlings of agrifoodtech’ come from? ». https://agfundernews.com/where-will-the-next-darlings-of-african-agrifoodtech-come-from
- Banque mondiale (2024). Digital Opportunities in African Businesses. https://documents1.worldbank.org/curated/en/099747205152435810/pdf/IDU1bb3afe0b1d7f21413b19be21f92001a3b56e.pdf
- Global Growth Insights (2024). « Digital Agriculture Market Size & Share ». https://www.globalgrowthinsights.com/market-reports/digital-agriculture-115151
- WEF (2024). « Unlocking Africa’s $1trn food economy ». https://www.weforum.org/stories/2024/04/unlocking-africas-1-trillion-food-economy/
Les leçons des échecs : ce qu’il manque pour réussir
L’analyse des quarante années de tentatives de systèmes d’information de marché en Afrique de l’Ouest permet d’identifier les conditions de réussite qui n’ont jamais été réunies simultanément :
1. La fréquence de mise à jour doit être quotidienne, pas mensuelle. Les SIM historiques diffusaient des bulletins mensuels ou trimestriels. Or les prix alimentaires en Afrique de l’Ouest fluctuent à un rythme hebdomadaire, voire quotidien, en fonction des arrivages, de la saisonnalité, des conditions de transport et des événements géopolitiques. Un bulletin trimestriel est une photographie périmée au moment de sa publication.
2. La couverture doit être transfrontalière et multi-marchés. Les flux alimentaires en Afrique de l’Ouest sont intrinsèquement régionaux : le maïs circule entre le Niger et le Nigeria, l’oignon nigérien approvisionne toute la sous-région, le bétail sahélien descend vers les marchés côtiers. Pourtant, les SIM nationaux fonctionnent en silos, chacun avec ses propres normes, produits et calendriers de collecte.
3. L’accès doit être gratuit et direct pour l’utilisateur final. L’échec d’Esoko a démontré que les modèles par abonnement SMS ne fonctionnent pas pour les populations à faible revenu. Les coûts de collecte par enquêteurs terrain rendent le modèle économique insoutenable sans subventions.
4. Le modèle économique doit reposer sur la technologie, pas sur la main-d’œuvre. La collecte automatisée ou semi-automatisée des données, le crowdsourcing, et les méthodes de traitement algorithmique des prix sont les seules approches qui permettent de réduire les coûts unitaires de collecte à mesure que la couverture s’étend.
5. L’information doit être comparée et contextualisée. Un prix isolé n’a pas de valeur décisionnelle. Ce qui compte, c’est la comparaison entre marchés, la tendance dans le temps, l’écart par rapport à une moyenne saisonnière. Cette capacité analytique était absente des SIM de première comme de deuxième génération.
Sources :
- CIRAD (2014). « Les TIC et les SIM : une nouvelle génération de systèmes d’information sur les marchés agricoles ». Cahiers Agricultures. https://agritrop.cirad.fr/568792/
- FAO (2012). « Les systèmes d’information sur les marchés agricoles en Afrique subsaharienne ». https://www.fao.org/sustainable-food-value-chains/library/details/en/c/427587/
- USAID/FHI 360. « An Assessment of Market Information Systems in East Africa ». https://www.ictworks.org/wp-content/uploads/2013/05/An_Assessment_of_Market_Information_Systems_in_East_Africa.pdf
prixdesmarches.com : la réponse numérique que quarante ans de SIM n’ont pas réussi à construire
C’est exactement dans ce vide structurel que s’inscrit prixdesmarches.com. La plateforme ne se contente pas d’ajouter un énième bulletin de prix à la longue liste des initiatives oubliées. Elle apporte une rupture de modèle sur chacun des points d’échec identifiés :
Temps réel contre périodicité. Là où les SIM historiques publiaient des bulletins mensuels ou trimestriels, prixdesmarches.com fournit des données de prix en temps réel, actualisées quotidiennement. Pour un commerçant de Cotonou qui arbitre entre le marché de Dantokpa et celui de Malanville, ou un grossiste d’Abidjan qui négocie un approvisionnement en riz depuis Bouaké, la différence entre un prix daté de trois mois et un prix du jour est la différence entre naviguer à vue et prendre des décisions informées.
Couverture multi-pays contre silos nationaux. Avec une présence dans 17 pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale, prixdesmarches.com dépasse d’emblée la fragmentation qui a paralysé les SIM nationaux. La plateforme capture les flux transfrontaliers qui représentent le cœur du commerce alimentaire régional — ces mêmes flux que l’OCDE a identifiés comme massivement non enregistrés.
Accès libre et gratuit contre modèle payant. L’échec d’Esoko a démontré l’impasse du modèle par abonnement pour les populations à faible revenu. En offrant un accès libre, prixdesmarches.com élimine la barrière économique qui a condamné les solutions précédentes et maximise l’impact sur la transparence des marchés.
Technologie contre main-d’œuvre. En s’appuyant sur une architecture web moderne plutôt que sur des armées d’enquêteurs terrain, prixdesmarches.com fait chuter le coût marginal de chaque marché couvert et de chaque utilisateur supplémentaire. C’est cette scalabilité qui a fait défaut à toutes les initiatives précédentes.
Comparaison et contexte contre données brutes. La plateforme permet nativement la comparaison entre marchés, le suivi des tendances et l’identification des anomalies de prix. Elle transforme des données brutes en intelligence de marché actionnable — exactement ce que l’OCDE recommande quand elle appelle à « des systèmes d’information de marché plus fins ».
En résumé, prixdesmarches.com est la première plateforme à réunir simultanément les cinq conditions de réussite que quarante ans d’expérimentation ont identifiées. Elle répond à un besoin documenté par les institutions internationales les plus rigoureuses (OCDE, Banque mondiale, CNUCED) et s’inscrit dans un écosystème ouest-africain où 85 % du commerce alimentaire reste invisible, où les prix sont 30 à 40 % plus élevés qu’ils ne devraient l’être, et où les solutions précédentes ont toutes échoué à passer à l’échelle.
Tableau récapitulatif des données clés
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Commerce alimentaire intra-régional annuel (Afrique de l’Ouest) | 10 milliards USD | OCDE/CSAO, 2025 |
| Part du commerce alimentaire non enregistré | Jusqu’à 85 % | OCDE/CSAO, 2025 |
| Part du commerce de racines/tubercules non enregistré | 95 % | OCDE/CSAO, 2025 |
| Part du commerce de céréales non enregistré | 84 % | OCDE/CSAO, 2025 |
| Surprix alimentaire Afrique de l’Ouest vs. pays à revenu comparable | +30 à 40 % | OCDE/CSAO, 2023 |
| Part du budget des ménages consacrée à l’alimentation | 40 à 50 % | OCDE/CSAO, 2023 |
| Part de la consommation alimentaire achetée sur le marché | > 2/3 au niveau régional, 90 % en ville | OCDE/CSAO, 2025 |
| Population Afrique de l’Ouest (2020) | 395 millions | OCDE/CSAO, 2025 |
| Projection population urbaine Afrique de l’Ouest (2050) | 436 millions | OCDE/CSAO, 2025 |
| Emplois générés par le marketing alimentaire régional | 5,5 millions | Allen, Heinrigs & Heo, 2018 (cité OCDE) |
| Abonnés mobiles Afrique subsaharienne (fin 2023) | ~527 millions (44 % de la population) | GSMA, 2024 |
| Taux d’utilisation d’Internet mobile (Afrique subsaharienne) | 27 % (le plus bas au monde) | GSMA, 2024 |
| Gap d’usage mobile (Afrique subsaharienne) | 60 % | GSMA, 2024 |
| Écart rural-urbain d’utilisation d’Internet mobile | 48 % en Afrique subsaharienne | GSMA, 2024 |
| Exploitations agricoles africaines avec accès internet fiable | 30 % | ainvest/sources multiples, 2025 |
| Marché mondial de l’agriculture numérique (2024) | 24,2 milliards USD | MarketsandMarkets, 2024 |
| Part Moyen-Orient & Afrique du marché agriculture numérique | 8,2 % | Global Growth Insights, 2024 |
| Investissements agritech Afrique (S1 2024) | 145 millions USD | AgFunder, 2025 |
| Impact mesuré d’Esoko sur le revenu des agriculteurs | +100 USD/an (~10-15 % du revenu) | CIRAD/GSMA |
| Impact mesuré des alertes de prix sur les prix obtenus (igname, Ghana) | +5 % | Hildebrandt et al., 2020 (Springer) |
| Coûts de transport dans le prix des biens échangés en Afrique | ~29 % (vs. 7 % hors Afrique) | CNUCED, 2024 |
| Date d’arrêt des services de prix d’Esoko | Fin 2016 | ICTworks, 2021 |
| Nombre de SIM inventoriés en Afrique (étude AFD/CIRAD) | 53 | AFD/CIRAD, 2012 |
| Marchés couverts par le RESIMAO | 390 | Inter-réseaux / CILSS |
| Pays membres du RESIMAO | 9 | Inter-réseaux / CILSS |
| Pays couverts par prixdesmarches.com | 17 | Fanaka |
Sources institutionnelles principales
- OCDE/CSAO (2025). Intra-Regional Food Trade in West Africa: New Evidence, New Perspectives. https://www.oecd.org/en/publications/intra-regional-food-trade-in-west-africa_3f5fd54a-en.html
- OCDE/CSAO (2023). Healthy diets, costs and food policies in the Sahel and West Africa. West African Papers n°39.
- OCDE/CSAO (2017). The Cost of High Food Prices in West Africa. West African Papers.
- AFD/CIRAD (2012). Les systèmes d’information sur les marchés agricoles en Afrique subsaharienne. Focales n°14.
- CIRAD/INRA/MSU (2014). « Les SIM dans les PED : nouveaux modèles, nouveaux impacts ». Cahiers Agricultures.
- FAO (2012). SIM en Afrique subsaharienne : de la première à la deuxième génération.
- GSMA (2024). The Mobile Economy Sub-Saharan Africa 2024.
- GSMA (2024). The State of Mobile Internet Connectivity 2024.
- Banque mondiale (2024). Digital Opportunities in African Businesses.
- CNUCED (2025). Economic Development in Africa Report 2024.
- OMC/Banque mondiale (2024). Digital Trade for Africa Initiative.
- Brookings (2024). « Digital economy — Foresight Africa 2024 ».
- Brookings (2026). « 5 assets Africa can turn into good jobs at scale ».
- USAID/FHI 360. An Assessment of Market Information Systems in East Africa.
- ICTworks (2021). « Esoko’s Agricultural Market Prices Are Private Sector Failures ».
- GSMA (2016). Case Study: Esoko.
- Springer (2020). « Digital Trading and Market Platforms: Ghana Case Study ».
- Ecofin Agency (2025). « Unseen and Untracked: 85% of $10Bln Food Trade ».
- Ecofin Agency (2025). « Sub-Saharan Africa Drove 2024’s Global Mobile Coverage Growth ».
- AgFunder News (2025). « Where will Africa’s next ‘darlings of agrifoodtech’ come from? ».
- WEF (2024). « Unlocking Africa’s $1trn food economy ».
- Inter-réseaux. RESIMAO.
- CILSS. Portail web et plateforme ECOAGRIS.
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