#1. L’opacité totale des prix pour le consommateur

prixdesmarches.com


Le constat

En Afrique de l’Ouest et Centrale francophone, le consommateur ordinaire n’a aujourd’hui aucun outil fiable, accessible et en temps réel pour connaître les prix pratiqués sur les marchés alimentaires. Contrairement à un consommateur européen qui peut consulter des comparateurs en ligne avant d’acheter, le consommateur africain se rend au marché sans aucun point de repère. Il ne sait pas si le prix qu’on lui propose est juste, élevé ou bas par rapport aux autres marchés de sa propre ville.

Cette opacité n’est pas un simple inconfort. Elle a des conséquences économiques majeures sur des centaines de millions de personnes.


Les données qui étayent ce constat

1. L’alimentation, premier poste de dépense des ménages

La nourriture représente en moyenne 55 % des dépenses totales d’un ménage en Afrique de l’Ouest. Ce chiffre varie entre zones rurales et urbaines, mais dans les deux cas, il dépasse largement celui observé dans les pays développés (environ 10 à 15 % en Europe).

Source : OCDE, Notes ouest-africaines — Le coût des prix alimentaires élevés en Afrique de l’Ouest, Thomas Allen. wathi.org

Conséquence directe : toute variation de prix, même minime, a un impact disproportionné sur le budget des familles. Et pourtant, ces familles n’ont aucun moyen de vérifier ou de comparer ces prix.

2. La majorité des ménages dépendent des marchés pour se nourrir

Les marchés fournissent désormais au moins deux tiers de l’approvisionnement alimentaire des ménages d’Afrique de l’Ouest. Ce chiffre était bien plus bas il y a quelques décennies, quand l’autoconsommation dominait. Avec l’urbanisation rapide (le taux d’urbanisation en Afrique de l’Ouest était de 42 % dès 2010 et continue de croître), un nombre croissant de personnes est devenu consommateur net — c’est-à-dire totalement dépendant des marchés pour manger.

Source : OCDE, Notes ouest-africaines — Le coût des prix alimentaires élevés en Afrique de l’Ouest. wathi.org

3. Des disparités de prix massives entre marchés d’une même ville

En République Démocratique du Congo, le gouvernement a lancé en janvier 2025 l’application « Talo » pour collecter les prix sur les marchés. Le Vice-Premier ministre Daniel Mukoko Samba a révélé que cet outil a mis en évidence des écarts de 50 à 75 % sur un même produit, une même marque, entre un supermarché du centre-ville (Gombe) et un marché populaire (Kisenso ou Maluku).

Le constat officiel : il existe « une très grande fracture dans l’économie kinoise » sur les prix.

Source : DeskEco — RDC : le ministère de l’Économie innove avec l’application Talo, 15 avril 2025. deskeco.com

4. Les systèmes de suivi existants ne couvrent pas les besoins réels

Le principal système régional, le RESIMAO (Réseau des Systèmes d’Information des Marchés en Afrique de l’Ouest), couvre 9 pays et 390 marchés. Mais il présente des limites majeures :

  • Le système de suivi des prix du PAM (Programme Alimentaire Mondial), l’un des plus exhaustifs avec 361 marchés dans 16 pays ouest-africains, consacre 85 % de ses séries de prix aux céréales et aux grains. Les produits maraîchers, les condiments, les protéines animales, les produits transformés locaux sont très peu suivis.
  • Les données sont publiées sous forme de bulletins trimestriels en PDF, accessibles principalement par les coopératives et institutions, pas par le consommateur final.
  • Les plateformes internationales (FAO FPMA, Trading Economics, Argus Media) sont majoritairement en anglais et orientées vers les marchés mondiaux, pas les marchés locaux.

Sources :

  • OCDE — Le coût des prix alimentaires élevés en Afrique de l’Ouest. wathi.org
  • Inter-réseaux — RESIMAO : Réseau des systèmes d’information des marchés en Afrique de l’Ouest. inter-reseaux.org
  • L’Agriculture ivoirienne — Prix des produits agricoles : où suivre l’évolution du marché en temps réel ?, juillet 2025. agriculture.ci

5. Le manque d’information sur la consommation elle-même

Les informations sur la consommation et les marchés alimentaires en Afrique de l’Ouest sont tout simplement rares. La plupart des données disponibles portent sur la production et les échanges internationaux, pas sur les prix au détail que paie le consommateur. L’alimentation continue d’être estimée via des calculs de « disponibilités alimentaires », c’est-à-dire des approximations fondées sur l’offre et les échanges, pas sur la réalité des prix au marché.

Source : CIRAD, AFRISTAT, AFD — L’Afrique à la conquête de son marché alimentaire intérieur. Enseignements de dix ans d’enquêtes auprès des ménages, synthèse publiée dans Le Déméter. wathi.org | afd.fr

6. Les émeutes de la vie chère : conséquence directe de l’opacité

La hausse des prix alimentaires internationaux en 2007-2008 a provoqué une série d’émeutes urbaines en Afrique de l’Ouest. Ces manifestations — appelées « émeutes de la vie chère » — ont mis en évidence la dépendance des citadins vis-à-vis des marchés pour se nourrir, et surtout leur vulnérabilité face aux variations de prix qu’ils ne peuvent ni anticiper ni vérifier.

Les gouvernements ouest-africains ont depuis mis en place des mesures conjoncturelles (subventions, suspensions de taxes) précisément pour « éviter les fortes hausses de prix, qui pourraient déboucher sur des manifestations populaires ».

Sources :

  • CIRAD/AFRISTAT/AFD — étude citée ci-dessus.
  • CILSS/RESIMAO — Bulletin régional du marché des produits agricoles. inter-reseaux.org

7. L’opportunité numérique est là

Malgré les défis de connectivité, le mobile est omniprésent :

  • Le taux de pénétration de la téléphonie mobile atteint 181 % en Côte d’Ivoire en 2024, avec plus de 94 % des localités couvertes en 2G/3G/4G.
  • En Afrique subsaharienne, le taux de couverture mobile atteint 87 % de la population (même si seulement 27 % utilisent effectivement l’internet mobile).
  • Le Sénégal compte plus de 21 millions d’abonnements Internet fin 2024, pour un taux de pénétration de 112 %.
  • En Côte d’Ivoire, grâce au projet PSNDEA financé par la Banque mondiale, plus de 221 000 personnes en zones rurales ont désormais accès à des services numériques agricoles.

L’infrastructure pour toucher le consommateur existe. Ce qui manque, c’est le service.

Sources :

  • Afrique Diplomatique — Côte d’Ivoire : le taux de pénétration de la téléphonie mobile a dépassé les 181 % en 2024, données ARTCI. afrique-diplomatique.com
  • GSMA — The State of Mobile Internet Connectivity 2024, relayé par Classe Export. classe-export.com
  • Socialnetlink — Le taux de pénétration de l’Internet au Sénégal atteint 112,42 % en 2024, mars 2025. socialnetlink.org
  • Banque mondiale — Du champ au marché : le rôle des plateformes numériques dans le succès de l’agriculture ouest-africaine, octobre 2025. banquemondiale.org

En résumé

FaitDonnéeSource
Part de l’alimentation dans le budget des ménages55 % en moyenneOCDE
Dépendance des ménages aux marchés2/3 de l’approvisionnement alimentaireOCDE
Écarts de prix dans une même ville50 à 75 % (Kinshasa)Min. Économie RDC / App Talo
Couverture des systèmes de suivi existants85 % céréales uniquement (PAM)OCDE
Pénétration mobile en Côte d’Ivoire181 %ARTCI
Couverture mobile en Afrique subsaharienne87 %GSMA 2024
Utilisation effective d’Internet mobile27 %GSMA 2024

Ce que prixdesmarches.com viendrait changer

Là où les systèmes actuels publient des bulletins institutionnels trimestriels sur les céréales, prixdesmarches.com pourrait offrir au consommateur ordinaire — sur son téléphone — un accès simple, en temps réel, aux prix de TOUS les produits du quotidien, sur TOUS les marchés de sa ville et de sa région.

C’est passer d’une logique institutionnelle descendante à une logique citoyenne ascendante : ce sont les consommateurs eux-mêmes qui signalent les prix, et ce sont les consommateurs qui en bénéficient.


Document préparé dans le cadre du projet prixdesmarches.com — Janvier 2026

Commentaires

Une réponse à “#1. L’opacité totale des prix pour le consommateur”

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