#8. La dépendance aux importations alimentaires et la vulnérabilité aux chocs de prix mondiaux : pourquoi l’Afrique de l’Ouest a besoin de marchés régionaux transparents

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Un continent qui importe sa nourriture à hauteur de 65 milliards de dollars par an

L’Afrique subsaharienne est prise dans un paradoxe structurel : elle possède 60 % des terres arables non cultivées de la planète, mais elle est devenue importatrice nette de nourriture. Selon le dernier rapport Food Outlook de la FAO publié en novembre 2025, les importations alimentaires de l’Afrique subsaharienne devraient atteindre 65 milliards de dollars en 2025, en hausse de 4 % par rapport aux 62,8 milliards enregistrés en 2024, marquant une troisième année consécutive de croissance. À l’échelle du continent tout entier, la facture alimentaire d’importation est passée de 35,4 milliards de dollars en 2015 à plus de 60 milliards en 2022, et pourrait atteindre 90 à 110 milliards de dollars sans interventions significatives, selon les estimations convergentes de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et d’Afreximbank.

Les céréales — blé, riz, orge et farine de blé — constituent le premier poste de dépense, avec 21,9 milliards de dollars projetés en 2025, soit environ un tiers de la facture totale. Les huiles alimentaires, les produits de la pêche, le sucre et les boissons suivent, pour un total combiné de 23,4 milliards de dollars. Les cinq premiers importateurs alimentaires de la région sont l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Éthiopie, le Kenya et la Côte d’Ivoire.

Cette dépendance n’est pas une fatalité naturelle. Elle résulte d’un héritage historique où les politiques agricoles ont privilégié les cultures d’exportation (cacao, café, coton) au détriment de la production vivrière, d’un sous-investissement chronique dans l’agriculture (les gouvernements africains y consacrent en moyenne 3 à 4 % de leur budget, bien en deçà des 8 % observés en Asie de l’Est), et d’un déficit d’infrastructures de stockage, de transformation et de logistique qui limite la capacité productive du continent.

Sources :

  • FAO (2025). Food Outlook, novembre 2025. Cité par Food Business MEA : https://www.foodbusinessmea.com/sub-saharan-africa-food-imports-to-reach-us65-billion-in-2025-fao/
  • Ecofin Agency (2025). « Sub-Saharan Africa’s food imports set to reach $65 billion in 2025 ». https://www.ecofinagency.com/news/2011-50670-sub-saharan-africa-s-food-imports-set-to-reach-65-billion-in-2025
  • Afreximbank (2024). Food Imports and Food Security in Africa: Addressing the Challenges. https://media.afreximbank.com/afrexim/Food-Imports-and-Food-Security-Addressing-the-Challenges.pdf
  • Kilimo Kwanza (2024). « Africa’s Annual Food Imports at $50 Billion Set to Surge to $90-$110 Billion by 2025 ». https://kilimokwanza.org/africas-annual-food-imports-at-50-billion-set-to-surge-to-90-110-billion-by-2025-without-urgent-action-exploring-the-gains-challenges-and-path-to-self-sufficiency/

Quand le monde tousse, l’Afrique de l’Ouest suffoque : la cascade des chocs récents

La guerre Russie-Ukraine : un électrochoc alimentaire

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a provoqué l’une des crises alimentaires les plus sévères de la dernière décennie pour l’Afrique de l’Ouest. La Russie et l’Ukraine étaient alors respectivement le premier et le cinquième exportateur mondial de blé, et l’Ukraine fournissait environ 10 % des exportations mondiales de cette céréale. La perturbation simultanée de l’approvisionnement en blé, en maïs, en huiles végétales et en engrais a déclenché une flambée des prix sans précédent depuis 2008.

Selon la Banque mondiale, entre juin 2021 et juillet 2022, les prix du blé ont augmenté de 42 %, ceux du maïs de 47 %, tandis que les prix des engrais avaient plus que doublé. L’indice FAO des prix alimentaires a bondi de 21 % en février 2022 par rapport à 2021, atteignant un record historique. Le FMI a estimé que l’inflation en Afrique subsaharienne a atteint 12,2 % en 2022 et 9,6 % en 2023 — les niveaux les plus élevés depuis 2008. L’institution a averti que la hausse des prix alimentaires et de l’énergie augmentait significativement les risques de troubles sociaux dans les pays les plus pauvres.

En Afrique de l’Ouest spécifiquement, la Banque mondiale a documenté que les importations de blé dans la région, dont environ 20 % provenaient de Russie et 8 % d’Ukraine avant le conflit, ont été directement perturbées. L’Afrique de l’Ouest a enregistré 9,7 millions de personnes supplémentaires en situation d’insécurité alimentaire aiguë directement attribuées aux effets de la guerre. Au Cameroun, le gouvernement a exprimé sa préoccupation face à une réduction de 60 % des importations de blé en provenance d’Ukraine et de Russie. Au Nigeria, l’inflation alimentaire atteignait 17,2 % en glissement annuel dès mars 2022, avec des hausses allant de 34 % pour le pain à 50 % pour les haricots. En 2021, la Russie et l’Ukraine représentaient ensemble 31 % des importations de blé du Nigeria.

Les restrictions d’exportation indiennes : le riz pris en otage

La vulnérabilité de l’Afrique de l’Ouest ne se limite pas au blé. Entre 2022 et 2024, l’Inde — premier exportateur mondial de riz, qui fournissait avant les restrictions plus de la moitié de ses exportations de riz au continent africain — a imposé une série de restrictions sur ses exportations : interdiction des exportations de riz brisé (septembre 2022), taxes supplémentaires de 20 % sur le riz non-basmati, puis interdiction totale des exportations de riz blanc non-basmati (juillet 2023).

L’impact sur l’Afrique a été massif. Selon l’IFPRI (Institut international de recherche sur les politiques alimentaires), les exportations de riz indien vers l’Afrique ont chuté de 5,3 millions de tonnes (soit -43 %) entre septembre 2022 et août 2023 — représentant 75 % de la baisse mondiale des exportations indiennes de riz. Les prix mondiaux du riz ont augmenté d’environ 20 % pendant la période de restrictions. L’Inde représentait plus de 60 % des importations de riz pour 17 pays africains, et plus de 80 % pour neuf d’entre eux. Le Sénégal, gros consommateur de riz brisé, a dû négocier directement avec l’Inde la reprise des livraisons — obtenue seulement au dernier trimestre 2024, avec une baisse de prix de 10 % par rapport aux niveaux de crise.

La dépréciation monétaire : le multiplicateur invisible

Aux chocs d’offre mondiaux s’ajoutent les chocs monétaires domestiques, qui amplifient considérablement l’impact des prix internationaux sur les consommateurs locaux.

Le cas du Nigeria est emblématique. Entre juin 2023 et début 2024, le naira a perdu plus de 70 % de sa valeur par rapport au dollar, passant de 450 à plus de 1 600 NGN/USD après la décision du gouvernement Tinubu d’unifier les taux de change. L’inflation alimentaire a atteint près de 40 % fin 2024, et l’inflation globale culminait à 34,8 % en décembre 2024 — le plus haut niveau en près de trois décennies. Le Nigeria important 99 % de sa consommation de blé (environ 6 millions de tonnes par an) et une part significative de son riz, la dépréciation du naira s’est traduite par un doublement ou un triplement des prix pour le consommateur final, indépendamment de toute variation des cours mondiaux.

La Banque mondiale a analysé en 2024 cette divergence dans les trajectoires d’inflation en Afrique subsaharienne : les pays de la zone franc CFA, dont la monnaie est arrimée à l’euro, ont maintenu une inflation relativement contenue, tandis que les pays à monnaie flottante comme le Nigeria, le Ghana (dont le cedi a perdu 54 % en 2022) et l’Éthiopie ont vu leurs prix alimentaires s’envoler. Ce constat est crucial pour l’Afrique de l’Ouest, qui abrite simultanément les deux régimes monétaires : la zone UEMOA (franc CFA) et le Nigeria (naira), ce qui crée des distorsions de prix massives entre marchés voisins.

Sources :

  • FMI (2022). « Africa Faces New Shock as War Raises Food and Fuel Costs ». https://www.imf.org/en/blogs/articles/2022/04/28/blog-africa-faces-new-shock-as-war-raises-food-fuel-costs
  • FMI (2023). « Global Food Crisis May Persist, With Prices Still Elevated After Year of War ». https://www.imf.org/en/Blogs/Articles/2023/03/09/global-food-crisis-may-persist-with-prices-still-elevated-after-year-of-war
  • Banque mondiale (2024). « Global wheat shipments withstood the shock of Russia’s invasion of Ukraine ». https://blogs.worldbank.org/en/trade/global-wheat-shipments-withstood-shock-russias-invasion-ukraine
  • Banque mondiale (2024). « Currencies and inflation across Sub-Saharan Africa in 2024: Divergent experiences ». https://blogs.worldbank.org/en/africacan/currencies-and-inflation-across-sub-saharan-africa-in-2024-divergent-experiences-afe-1124
  • PMC/NIH (2023). « How the War in Ukraine Affects Food Security ». https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10648107/
  • IFPRI/IFPRI Food Security Portal (2024). « India lifts export restrictions on rice ». https://asia.foodsecurityportal.org/node/3309
  • IFPRI Food Security Portal. Food and Fertilizer Export Restrictions Tracker. https://www.foodsecurityportal.org/tools/COVID-19-food-trade-policy-tracker
  • Human Rights Watch (2022). « Ukraine/Russia: As War Continues, Africa Food Crisis Looms ». https://www.hrw.org/news/2022/04/28/ukraine/russia-war-continues-africa-food-crisis-looms
  • The Conversation (2024). « Inflation in Nigeria is still climbing while it has slowed globally: here’s why ». https://theconversation.com/inflation-in-nigeria-is-still-climbing-while-it-has-slowed-globally-heres-why-222226
  • DAI (2024). « The Seeds of Opportunity in Nigeria’s Devaluation Crisis ». https://dai-global-developments.com/articles/the-seeds-of-opportunity-in-nigerias-devaluation-crisis/
  • Chatham House (2025). « Nigeria’s economy needs the naira to stay competitive ». https://www.chathamhouse.org/2025/03/nigerias-economy-needs-naira-stay-competitive

La fragmentation régionale : un facteur aggravant de la vulnérabilité

Un commerce intra-africain structurellement faible

Cinq ans après le lancement officiel des échanges sous la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf/AfCFTA), le commerce intra-africain reste bloqué à environ 16-17 % du commerce total du continent, contre 59 % en Asie et 68 % en Europe. Bien que le commerce intra-africain ait progressé de 69 milliards de dollars en 2019 à 81 milliards en 2023, la mise en œuvre concrète de l’accord reste freinée par des barrières non-tarifaires persistantes, des règles d’origine incomplètes, des systèmes douaniers fragmentés et des déficits d’infrastructure.

Comme le souligne un bilan quinquennal de l’AfCFTA publié fin 2025 : malgré l’engagement de près de 50 pays en matière de libéralisation tarifaire, les barrières non-tarifaires — normes techniques, procédures sanitaires et phytosanitaires, lourdeurs douanières — « se sont avérées plus contraignantes que les tarifs eux-mêmes, agissant comme des coûts cachés qui perturbent les chaînes d’approvisionnement ». Le temps moyen de dédouanement atteignait 126 heures et les coûts logistiques étaient près du double de la moyenne mondiale. L’UNICEF a estimé que les infrastructures inadéquates (routes, rail, ports) peuvent augmenter le coût des marchandises de 30 à 40 %. La CNUCED confirme : les coûts de transport représentent environ 29 % du prix des biens échangés en Afrique, contre 7 % pour les biens échangés en dehors du continent.

La CEA des Nations Unies estime qu’une mise en œuvre complète de l’AfCFTA d’ici 2045 pourrait augmenter le PIB continental de 141 milliards de dollars et le commerce intra-africain de 276 milliards de dollars (+45 %). Mais cinq ans après le début des échanges, le fossé entre les ambitions et la réalité reste considérable.

Le « Sahelexit » : quand la géopolitique amplifie la fragmentation alimentaire

La fragilité du commerce alimentaire régional a été brutalement illustrée par la crise de la CEDEAO. Le retrait de trois États membres fondateurs — le Burkina Faso, le Mali et le Niger — effectif le 29 janvier 2025, a créé une nouvelle ligne de fracture au cœur même des corridors alimentaires ouest-africains. Ces trois pays représentent 16 % de la population du bloc (424 millions d’habitants) et 7 % de son économie.

Avant même le retrait formel, les sanctions imposées après les coups d’État militaires ont eu un impact mesurable sur les prix alimentaires. Au Niger, le prix moyen du riz sur les marchés a augmenté de 38 % entre juillet 2023, date de l’imposition des sanctions, et février 2024, date de leur levée. Le Bénin, dont le port de Cotonou est le principal point de transit des marchandises vers le Niger, a vu ses recettes portuaires chuter dramatiquement. Le Burkina Faso et le Niger importent la majeure partie de leur électricité depuis la Côte d’Ivoire et le Nigeria, et leur possible exclusion du West African Power Pool menace non seulement l’approvisionnement énergétique mais aussi les capacités de stockage et de transformation alimentaire.

Cette fragmentation politique se superpose à une réalité commerciale que le rapport OCDE 2025 a magistralement documentée : le commerce alimentaire régional, estimé à 10 milliards de dollars par an, est intrinsèquement transfrontalier. Les réseaux d’oignons nigériens, de bétail sahélien, de céréales entre le Niger et le Nigeria, de tubercules entre le Bénin et ses voisins — tous ces flux dépendent de la fluidité des frontières. Toute perturbation politique se traduit immédiatement en inflation alimentaire pour des populations qui consacrent déjà 40 à 50 % de leur budget à se nourrir.

Sources :

  • africa.com (2025). « AfCFTA’s scorecard after five years ». https://africa.com/afcftas-scorecard-after-five-years/
  • ALREI/ITUC-Africa (2025). « A five-year review of the AfCFTA through a trade union lens ». https://tradeunionsinafcfta.org/a-five-year-review-of-the-afcfta-through-a-trade-union-lens/
  • CEA-ONU (2025). « ERA 2025: With effective implementation, the AfCFTA can open alternative markets ». https://www.uneca.org/stories/era-2025-with-effective-implementation,-the-afcfta-can-open-alternative-markets-to-sectors
  • UNICEF Innocenti (2025). « Unlocking the Potential of AfCFTA for Africa’s Young ». https://www.unicef.org/innocenti/media/11251/file/UNICEF-Innocenti-AfCFTA%20Main%20Report-Report-2025.pdf
  • CNUCED (2025). Economic Development in Africa Report 2024. https://unctad.org/publication/economic-development-africa-report-2024
  • The Conversation (2025). « Ecowas breakup could push up food prices and worsen hunger in West Africa ». https://theconversation.com/ecowas-breakup-could-push-up-food-prices-and-worsen-hunger-in-west-africa-249195
  • OCDE/CSAO (2025). Intra-Regional Food Trade in West Africa: New Evidence, New Perspectives. https://www.oecd.org/en/publications/intra-regional-food-trade-in-west-africa_3f5fd54a-en.html
  • LSE Africa Blog (2025). « After five years, Africa needs to guard against AfCFTA complacency ». https://blogs.lse.ac.uk/africaatlse/2025/10/15/after-five-years-africa-needs-to-guard-against-afcfta-complacency/

L’alternative stratégique : valoriser le commerce alimentaire régional existant

Face à cette triple vulnérabilité — dépendance aux importations mondiales, chocs de prix amplifiés par les dévaluations monétaires, et fragmentation politique régionale — la réponse ne peut pas être uniquement l’autosuffisance alimentaire nationale, un objectif louable mais dont la poursuite a parfois conduit à des politiques contre-productives comme les interdictions d’exportation.

Le commerce régional : un amortisseur de chocs sous-exploité

Le rapport OCDE 2025 apporte une donnée fondamentale : le commerce alimentaire intra-régional en Afrique de l’Ouest représente 10 milliards de dollars par an — un montant équivalent à la valeur totale des importations de riz, blé et huile de palme en provenance de l’extérieur de la région. En excluant le cacao et les noix de cajou (destinés à l’export), près de 38 % du commerce alimentaire ouest-africain est destiné au marché régional, bien au-dessus des 15 % souvent cités dans les débats politiques.

Ce commerce régional offre un avantage structurel majeur : il est libellé en monnaies locales ou en CFA, et il est donc partiellement immunisé contre les fluctuations du dollar. Quand le naira perd 70 % de sa valeur, le coût du blé importé de Russie double mécaniquement pour le consommateur nigérian. En revanche, le maïs ou le mil en provenance du Niger voisin ne subit pas le même effet multiplicateur monétaire. Le commerce régional est donc un stabilisateur naturel des prix alimentaires — à condition que les acteurs du marché disposent de l’information nécessaire pour l’arbitrer efficacement.

L’information de marché : le chaînon manquant de la résilience

C’est précisément ici que le déficit d’information de marché, documenté dans le Point 7, se connecte à la question de la dépendance aux importations. Le rapport de l’OCDE est explicite : « Le manque de données sur ces flux commerciaux obscurcit leur contribution à la sécurité alimentaire et nutritionnelle et fausse les politiques et les réponses aux crises. Une compréhension plus robuste du commerce intra-régional, appuyée par des données précises et en temps réel, est essentielle pour concevoir des politiques alimentaires et commerciales efficaces. »

Aujourd’hui, quand un importateur de Côte d’Ivoire doit arbitrer entre acheter du riz asiatique dont le prix vient de flamber de 20 % suite à des restrictions d’exportation indiennes, et s’approvisionner en céréales locales sur les marchés régionaux, il le fait dans un brouillard informationnel quasi total. Il ne connaît pas le prix du maïs à Kano, la disponibilité du mil à Maradi, ou la tendance du sorgho à Ouagadougou. Il n’a aucune visibilité sur les opportunités d’arbitrage régional qui pourraient lui permettre de substituer une importation coûteuse et risquée par un approvisionnement régional plus résilient.

Les interdictions d’exportation elles-mêmes — un réflexe politique récurrent en période de crise — sont en partie le produit de ce déficit informationnel. Comme le souligne l’OCDE, « les interdictions d’exportation ne redirigent pas automatiquement l’intégralité de l’offre alimentaire vers les marchés nationaux. Les coûts de réacheminement des flux alimentaires vers les marchés domestiques peuvent être supérieurs à ceux du contournement des interdictions ». Des données de marché transparentes et en temps réel permettraient aux décideurs de calibrer leurs interventions sur la base de faits plutôt que de panique — et aux opérateurs de réagir aux signaux de prix avant qu’ils ne deviennent des crises.

Sources :

  • OCDE/CSAO (2025). Intra-Regional Food Trade in West Africa, Chapter 2 (Intra-regional trade: The hidden backbone of food and nutrition security). https://www.oecd.org/en/publications/intra-regional-food-trade-in-west-africa_3f5fd54a-en/full-report/component-7.html
  • OCDE/CSAO (2025). Intra-Regional Food Trade in West Africa, Chapter 4 (Strengthening policy foundations). https://www.oecd.org/en/publications/intra-regional-food-trade-in-west-africa_3f5fd54a-en/full-report/component-9.html
  • IFPRI (2024). « How countries have coped with recent agricultural trade disruptions ». https://ssa.foodsecurityportal.org/node/3551

prixdesmarches.com : de l’outil de prix à l’infrastructure de résilience alimentaire

La convergence de ces analyses institutionnelles dessine un cahier des charges précis pour l’outil qui manque à l’écosystème alimentaire ouest-africain. Il faut une plateforme qui :

1. Rende visible le commerce régional invisible. Avec 85 % du commerce alimentaire intra-régional non enregistré (OCDE 2025), et des données de prix absentes ou obsolètes sur la quasi-totalité des marchés locaux, le premier besoin est de créer une infrastructure d’information qui couvre les marchés là où les échanges se produisent réellement — pas uniquement les points d’entrée formels des importations.

2. Permette l’arbitrage entre approvisionnement mondial et régional. Quand le prix du riz asiatique flambe de 20 % suite aux restrictions indiennes, un commerçant d’Abidjan devrait pouvoir comparer instantanément ce coût avec celui du maïs, du mil ou du manioc disponibles sur les marchés de la sous-région. Cette capacité de substitution est le mécanisme fondamental de la résilience alimentaire — mais elle est inaccessible sans données de prix comparables, en temps réel, à travers les frontières.

3. Fonctionne à l’échelle des flux commerciaux réels. Le commerce alimentaire ouest-africain opère sur des corridors transfrontaliers : Nigeria-Niger pour les céréales et l’oignon, Côte d’Ivoire-Burkina Faso-Mali pour le bétail, Bénin-Togo-Ghana pour les tubercules. Un outil confiné à un seul pays est structurellement inadapté à cette réalité. La couverture de 17 pays de prixdesmarches.com est alignée avec la géographie réelle des flux alimentaires.

4. Serve aussi bien les opérateurs privés que les décideurs publics. Les commerçants ont besoin de prix quotidiens pour leurs décisions d’achat et de vente. Les gouvernements ont besoin de données agrégées pour anticiper les crises, calibrer leurs interventions et éviter les mesures contre-productives comme les interdictions d’exportation réflexes. La même plateforme peut servir les deux usages.

5. Réduise l’asymétrie d’information qui nourrit l’inflation. L’OCDE a documenté que les prix alimentaires en Afrique de l’Ouest sont 30 à 40 % plus élevés qu’ils ne devraient l’être à niveau de revenu comparable. Une partie de ce surcoût est imputable à l’opacité informationnelle qui permet aux intermédiaires de capter des marges excessives. En rendant les prix transparents et comparables, prixdesmarches.com attaque directement l’une des causes structurelles de la cherté alimentaire.

En synthèse, prixdesmarches.com ne se positionne pas comme un simple comparateur de prix. Dans un contexte où 282 millions d’Africains sont sous-alimentés (FAO 2023), où la facture d’importation alimentaire croît de façon insoutenable, où chaque crise géopolitique se traduit en inflation alimentaire amplifiée par les dévaluations monétaires, et où un commerce régional de 10 milliards de dollars reste invisible faute d’infrastructure numérique — la plateforme se positionne comme un outil de souveraineté alimentaire régionale. Elle fournit l’intelligence de marché sans laquelle la substitution des importations par le commerce régional reste un vœu pieux, et elle donne aux acteurs des marchés alimentaires ouest-africains la visibilité nécessaire pour naviguer dans un monde de plus en plus imprévisible.


Tableau récapitulatif des données clés

IndicateurValeurSource
Importations alimentaires Afrique subsaharienne (2025, projeté)65 milliards USDFAO Food Outlook, nov. 2025
Importations alimentaires Afrique subsaharienne (2024)62,8 milliards USDFAO Food Outlook, nov. 2025
Importations de céréales (blé, riz, orge, farine) Afrique subsah. (2025)21,9 milliards USDFAO Food Outlook, nov. 2025
Projection importations alimentaires Afrique sans intervention90-110 milliards USDCEA-ONU / Afreximbank
Part du budget alimentaire des ménages ouest-africains40 à 50 %OCDE/CSAO
Hausse des prix du blé (juin 2021 – juillet 2022)+42 %Banque mondiale
Hausse des prix du maïs (juin 2021 – juillet 2022)+47 %Banque mondiale
Hausse des prix des engrais (juin 2021 – juillet 2022)> +100 %Banque mondiale
Indice FAO des prix alimentaires (février 2022 vs. 2021)+21 % (record historique)FAO
Inflation Afrique subsaharienne (2022)12,2 %FMI
Personnes supplémentaires en insécurité alimentaire aiguë (Afrique Ouest, effet guerre Ukraine)9,7 millionsPMC/NIH, 2023
Baisse des exportations de riz indien vers l’Afrique (sept. 2022 – août 2023)-5,3 millions tonnes (-43 %)IFPRI
Hausse des prix mondiaux du riz pendant restrictions indiennes+20 %IFPRI
Pays africains dont >60 % des importations de riz venaient d’Inde17 paysIFPRI
Dépréciation du naira nigérian (juin 2023 – début 2024)> -70 % (450 → 1 600 NGN/USD)Multiples sources
Inflation alimentaire Nigeria (fin 2024)~40 %The Conversation / NBS Nigeria
Inflation globale Nigeria (décembre 2024)34,8 %NBS Nigeria
Part du blé nigérian produit localement1 % (~6 Mt importées/an)The Conversation
Hausse du prix du riz au Niger pendant les sanctions CEDEAO+38 % (juil. 2023 – fév. 2024)The Conversation
Commerce intra-africain (part du commerce total)16-17 %Multiples sources
Commerce intra-africain vs. intra-asiatique / intra-européen16 % vs. 59 % vs. 68 %ALREI/ITUC-Africa
Temps moyen de dédouanement en Afrique126 heuresALREI
Coûts logistiques en Afrique vs. moyenne mondialePrès du doubleALREI
Coûts de transport dans le prix des biens échangés en Afrique~29 % (vs. 7 % hors Afrique)CNUCED
Impact potentiel de l’AfCFTA sur le PIB continental (2045)+141 milliards USDCEA-ONU
Impact potentiel de l’AfCFTA sur le commerce intra-africain (2045)+276 milliards USD (+45 %)CEA-ONU
Commerce alimentaire intra-régional Afrique de l’Ouest10 milliards USD/anOCDE/CSAO, 2025
Part de ce commerce non enregistréJusqu’à 85 %OCDE/CSAO, 2025
Africains sous-alimentés (2023)282 millions (20 % de la population)FAO
Population du bloc CEDEAO424 millionsThe Conversation
Population des 3 pays ayant quitté la CEDEAO16 % du blocThe Conversation

Sources institutionnelles principales

  1. FAO (2025). Food Outlook, novembre 2025.
  2. FAO (2023). The State of Food Security and Nutrition in the World 2023.
  3. Afreximbank (2024). Food Imports and Food Security in Africa: Addressing the Challenges.
  4. FMI (2022). « Africa Faces New Shock as War Raises Food and Fuel Costs ». Regional Economic Outlook.
  5. FMI (2023). « Global Food Crisis May Persist, With Prices Still Elevated After Year of War ».
  6. Banque mondiale (2024). « Global wheat shipments withstood the shock of Russia’s invasion of Ukraine ».
  7. Banque mondiale (2024). « Currencies and inflation across Sub-Saharan Africa in 2024: Divergent experiences ».
  8. CNUCED (2025). Economic Development in Africa Report 2024.
  9. CEA-ONU (2025). Economic Report on Africa 2025.
  10. OCDE/CSAO (2025). Intra-Regional Food Trade in West Africa: New Evidence, New Perspectives.
  11. IFPRI (2024). « India lifts export restrictions on rice ». Food Security Portal.
  12. IFPRI (2024). « How countries have coped with recent agricultural trade disruptions ».
  13. IFPRI. Food and Fertilizer Export Restrictions Tracker.
  14. Human Rights Watch (2022). « Ukraine/Russia: As War Continues, Africa Food Crisis Looms ».
  15. PMC/NIH (2023). « How the War in Ukraine Affects Food Security ». Sustainability.
  16. Arndt et al. (2023). « The Ukraine war and rising commodity prices: Implications for developing countries ». Global Food Security.
  17. UNICEF Innocenti (2025). Unlocking the Potential of AfCFTA for Africa’s Young.
  18. ALREI/ITUC-Africa (2025). « A five-year review of the AfCFTA through a trade union lens ».
  19. Union africaine. The African Continental Free Trade Area.
  20. africa.com (2025). « AfCFTA’s scorecard after five years ».
  21. LSE Africa Blog (2025). « After five years, Africa needs to guard against AfCFTA complacency ».
  22. The Conversation (2025). « Ecowas breakup could push up food prices and worsen hunger in West Africa ».
  23. The Conversation (2024). « Inflation in Nigeria is still climbing while it has slowed globally ».
  24. Chatham House (2025). « Nigeria’s economy needs the naira to stay competitive ».
  25. DAI (2024). « The Seeds of Opportunity in Nigeria’s Devaluation Crisis ».
  26. MIT Sloan (2024). « Currency Conundrums: Volatile African Exchange Rates ».
  27. Kilimo Kwanza (2024). « Africa’s Annual Food Imports at $50 Billion Set to Surge ».
  28. Economics Observatory (2025). « Update: how is the war in Ukraine affecting global food prices? ».

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